Dans un souci de transparence, je communique ici mon positionnement vis-à-vis des outils basés sur l’intelligence artificielle.
Mon usage
J’utilise régulièrement des outils basés sur l’IA dans mon travail, autant sur les aspects créatifs et intellectuels que sur les aspects de gestion et de technique. J’utilise principalement ChatGPT et Codex, car ce sont les outils qui offrent aujourd’hui le meilleur rapport performance-prix pour mes usages.
Sur la totalité de mon temps de travail indépendant, j’évalue le temps passé à prompter et à intégrer les résultats à environ 20 % du temps total consacré à un projet. Ces 20 % de temps de travail assisté par des outils d’IA me permettent d’augmenter considérablement ma productivité et donc de consacrer le temps économisé à d’autres activités qui améliorent globalement la qualité de mes productions.
Concrètement, au lieu de passer plusieurs heures à écrire les biographies de vingt personnages fictifs que j’intègre à un jeu ; au lieu de passer une journée à apprendre comment intégrer une fonctionnalité d’envoi d’e-mail à mon site internet et à la mettre en place ; au lieu de passer des heures à chercher des visuels libres de droits pour illustrer un document ou un jeu… je peux réaliser ces tâches en quelques minutes en promptant un outil d’IA.
Toutes ces heures de travail économisées me permettent d’améliorer la qualité globale de mon travail en me consacrant davantage à d’autres tâches qui ne sont pas automatisables.
Voici mes usages habituels des outils d’IA :
- Recherches documentaires, notamment pour les synthèses, résumés et références ;
- Ébauches d’écriture : documents, scripts de vidéos, articles… ;
- Production en série de contenus d’importance secondaire, notamment dans le cadre des animations et des formations : personnages fictifs, cas pratiques, mises en situation… ;
- Production de visuels et de graphismes ;
- Transcription d’entretiens, de vidéos et de podcasts.
Positionnement éthique personnel
Quelles sont les principales contraintes qui pèsent sur moi en tant que militant et travailleur indépendant ? Deux me paraissent pertinentes ici pour comprendre mon choix d’intégrer l’IA à mes processus de travail.
D’une part, les outils d’IA sont aujourd’hui très largement employés, partout, notamment par des adversaires politiques qui sont parfois également des concurrents professionnels. Quand un formateur indépendant en CNV emploie l’IA pour améliorer son référencement, si je refuse d’employer ces mêmes outils, je ne peux pas le concurrencer. Or, pour défendre ma vision du management faussement bienveillant basé sur la CNV, diffuser largement mes contenus critiques, tenter d’être sollicité pour animer des formations sur ce sujet et partager le plus largement possible des cadres théoriques émancipateurs, je dois être concurrentiel.
D’autre part, malgré mes nombreux privilèges, je n’en ai pas encore assez pour consacrer beaucoup de temps libre à du militantisme bénévole. Pour de nombreuses raisons propres à ma situation — socio-économiques, de santé, politiques et personnelles —, le moyen que j’expérimente aujourd’hui pour concilier mon cadre éthique et mes besoins de reproduction matérielle, c’est de pratiquer un militantisme hybride à côté du salariat. Mes activités militantes s’inscrivent toujours à la fois dans un cadre bénévole et professionnel puisque, selon le contexte, je vais travailler bénévolement ou me faire payer, souvent pour faire la même chose. Par exemple : animer une fresque bénévolement dans un petit collectif militant, puis, une semaine plus tard, faire exactement la même chose contre rémunération dans un événement organisé par une institution bien financée.
Toutes les heures pendant lesquelles je ne suis pas salarié ou en train de satisfaire un besoin fondamental font l’objet d’un arbitrage. Travailler sur ce document ? Cette vidéo ? Cette formation ? Ou bien me détendre ? Passer du temps avec mes proches ? Faire du sport ? Aller au cinéma ?
La gestion de mon temps est donc très importante à mes yeux et j’essaie de faire en sorte que chaque minute soit bien utilisée. Or, les outils d’IA et le temps qu’ils me font gagner compensent largement, à mes yeux, le dilemme éthique de leur utilisation. Ma productivité démultipliée me permet enfin de faire ce que je n’arrivais pas à faire auparavant : militer efficacement en parallèle d’une activité salariée. Jusqu’à présent, je n’avais pas réussi à trouver cet équilibre et j’avais toujours fini par m’épuiser. Aujourd’hui, en partie grâce à ces outils, j’arrive à concilier ces différents aspects de mon quotidien.
Mon positionnement n’est pas définitif : il va évoluer. Je choisis de n’exposer ici que des raisons personnelles, puisque les questions politiques et sociales posées par le développement de cette technologie constituent un sujet très vaste et complexe que je ne maîtrise pas.
Principes d’usage
Je me suis donné quelques principes pour cadrer mon utilisation.
- Je suis transparent sur mes usages auprès de toutes les personnes qui pourraient être en contact avec mon travail.
- Je ne diffuse ni n’utilise de contenu que je n’ai pas préalablement relu, vérifié et retravaillé. J’ai horreur de l’AI slop et il est hors de question que j’y contribue.
- Concernant le travail créatif et intellectuel, je ne demande rien à l’IA que je ne serais pas capable de faire moi-même : recherches, écriture, transcriptions, etc. Concernant les travaux techniques — site web, applications, graphisme —, je m’autorise cependant à employer l’IA sans maîtriser la totalité de ce qui est généré. Si j’en avais les moyens, je sous-traiterais ces aspects à des humains, et je le ferai lorsque ce sera possible.
- Autant que possible, je compense l’impact écologique de mon utilisation des outils d’IA à l’échelle individuelle. Toutefois, pour moi, la question écologique ne se joue pas à cette échelle.